Dès leur descente de bateau, vers 08.15, ils ont été sortis de la file et conduits dans un lieu pour une fouille minutieuse. Après que tous leurs bagages aient été passés au peigne fin par un agent de la douane, avec une attention particulière pour les livres et documents personnels, un important groupe d’agents de la sûreté de l’Etat sont arrivés et ont exigé de voir le contenu de leurs ordinateurs portables.
Les deux journalistes ont refusé de se soumettre à cette mesure arbitraire et exigé un mandat régulier du procureur de la république, au cas où ils seraient soupçonnés d’avoir commis un délit. Les douaniers leur ont demandé de les suivre dans un bureau au prétexte d’accomplir une formalité administrative ; une fois à l’intérieur, ils ont été enfermés à clé, après que plusieurs gros bras de la police aient été introduits dans le bureau. Ces derniers se sont jetés sur eux en les frappant, déchirant leurs sacs et leurs vêtements et réussi, après les avoir plaqués à terre, à leur arracher leurs sacs-à-dos où se trouvaient leurs laptops. Ils ont également déchiré les anses du sac à main en cuir de Sihem qu’ils ont également emporté et fouillé son contenu et notamment ses cartes bancaires qui ont été déplacées). Lorsque Sihem a essayé d’appeler son avocat, maître Ayadi, pour l’alerter, l’un des agents s’est jeté sur elle et lui a tordu le bras pour lui arracher son téléphone portable qu’ils ont confisqué, comme ils ont arraché celui de Omar Mestiri. Ces derniers ont été séquestrés dans le bureau de l’inspecteur des douanes durant un long moment, après quoi ils ont été autorisés à sortir.
Quelques temps plus tard, ils ont subi de nouvelles violences pour les soumettre à une fouille corporelle.
A quelques mètres du bureau de la douane, les agents de la sûreté de l’Etat avaient installé une grande table sur laquelle ils avaient posé tous les livres, DVD, CD-rom confisqués, scannant les documents et carnets de notes personnels (courriers échangés avec les ONG internationales, notes de travail, rapports d’enquêtes, articles, factures, agendas, répertoires contenant les passwords des mails et du site de kalima…), copiant sur un disque dur externe tout le contenu des 2 ordinateurs portables ainsi que des flashs-disks.
Au bout de 6 heures, les policiers les ont autorisés à quitter la zone sous douane après avoir confisqué une soixantaine de documents numériques en exemplaires uniques (des DVD dont « I have a dream » de Marthin Luther King, des CD-rom contenant des archives personnelles, des coffrets de musique classique et de variétés, des cassettes de musique audio…etc.), ils ont surtout confisqué plusieurs versions ainsi que les roughs du documentaire réalisé par le CNLT sur la torture « Breaking the torture machine ».
Les autorités douanières ont refusé de remettre aux deux journalistes un document de saisie de leurs biens, comme il est de coutume.
Sihem Bensedrine a eu plusieurs hématomes sur le corps et souffre de lésions des ligaments au poignet gauche (entorse) et du coude.
Tous les deux ont décidé de porter plainte contre les autorités douanières et policières pour violences et séquestration.
L’OLPEC
• Condamne la séquestration ainsi que les violences contre les journalistes
• Dénonce cette violation des données personnelles de la part de la police politique qui s’est permise de dupliquer tous leurs documents professionnels et personnels, sans aucune justification légale.
• Exige l’ouverture d’une enquête sur ces violations graves
Pour l’Observatoire
La vice présidente
Naziha Rjiba